Une Ombre vorace de Mariano Pensotti

Photo de Christophe Raynaud de Lage

Mariano Pensotti imagine Une Ombre vorace, histoire fictive d’un alpiniste à la recherche de son père, disparu trente ans plus tôt en pleine montagne. 

Vous proposez une pièce semblable à un théâtre documentaire dont les faits, bien que largement inventés, ont une part de vérité. Qu’est-ce qui vous a inspiré ce récit ?
Quand je l’ai créée, au Festival d’Avignon 2024, j’étais depuis longtemps obsédé par les corps en train de réapparaître à travers le monde à cause de la fonte des glaces et des changements climatiques. L’image de la nature rendant ce qui était caché depuis des années a agi comme un déclic, tout comme lorsque j’ai découvert le petit livre de Pétrarque, L’Ascension du mont Ventoux. Il le présente comme une expérience réellement vécue, mais en fin de compte, c’est complètement faux. Mélanger ces deux aspects me plaisait beaucoup. 

Deux comédiens sont au plateau : l’un interprète un grimpeur chevronné en quête de son paternel, tandis que l’autre est un acteur jouant le rôle du premier dans l’adaptation cinématographique de son aventure. Comment interagissent-ils ? 
Au début, on les rencontre à travers deux monologues : l’un présente la version « réelle » du protagoniste et l’autre, son portrait dressé dans le film. Ensuite, ils commencent à se parler, à se connaître, jusqu’à devenir amis. J’ai toujours été fasciné par les acteurs qui se glissent dans la peau de vraies personnes, que ce soit au cinéma ou au théâtre. La façon dont leur performance peut changer ce qui est véritablement arrivé et inversement, le fait que quelqu’un voie sa propre vie transformée dans une superproduction. Il y a une idée de dualité particulièrement intéressante, que nous développons avec un jeu de miroirs. 


Une cloison sépare la scène : l’une de ses faces est entièrement blanche et l’autre, recouverte d’une glace.
C’est un dispositif simple qui peut pivoter sur lui-même. Puisque toute la pièce tourne autour de cette question du double, c’était une volonté de nous amuser avec les reflets des artistes. Et puis, celui qui recherche son père découvre qu’il est à présent aussi vieux que lui quand il est mort. Cela renforce cette sensation d’alter ego. Les décors sont également très minimalistes. En dehors de ce mur, il y a par exemple deux tapis de marche que nous utilisons pour représenter les moments dans la montagne. 

C’est d’ailleurs là que l’alpiniste découvre un corps… 
Celui de son défunt père, congelé dans la glace. Nous racontons tout d’abord cet épisode du point de vue du grimpeur, qui montre beaucoup de dureté et d’émotion. Dès qu’il commence ses explications, nous passons du côté de l’acteur. Il réinterprète la même scène, mais comme si nous étions dans un film. Cette fois, il y a une musique épique hollywoodienne, très cinématographique, avec des violons, et le personnage pousse la douleur encore plus loin. Ce tableau résume ce que nous souhaitions atteindre : montrer que la réalité et la fiction sont à la fois plutôt similaires, mais aussi très différentes et, qu’à la fin, chacune influence l’autre. 


À la Salle Jacques Fornier (Dijon) du 8 au 12 avril
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