Les Galas du TnS : le nouveau temps fort du théâtre
Nouveau temps fort, les Galas du TnS réunissent professionnels et amateurs du monde de la scène, autour de pièces et créations communes.
Voués à être reconduits tous les ans, les Galas du TnS sont « un temps de création et festivalier dans lequel des artistes viennent travailler avec des habitants et habitantes éloignés des plateaux de théâtre », explique Caroline Guiela Nguyen, directrice du Théâtre national de Strasbourg et metteuse en scène de l’un des projets. Pensées et créées en majorité avec des Strasbourgeois, les différentes formes sont données dans tous les lieux de l’institution. Valentina (23-30/04, Salle Hubert Gignoux) raconte l’histoire, fictive, d’une petite fille roumaine ayant déménagé en France, avec sa mère malade, en quête de soins. « Souvent, quand des personnes allophones n’ont pas d’interprète, elles emmènent leurs enfants avec elles. On se retrouve dans des situations étonnantes où ils traduisent pour leurs parents. Ce motif m’a tout de suite intéressée et je suis partie écrire mon spectacle à partir de ça », précise l’autrice. Caroline Guiela Nguyen imagine tout d’abord un conte, publié chez Actes Sud (avril 2025), qu’elle adapte ensuite sur les planches. « Ce format s’est imposé assez rapidement», reprend-elle. «Valentina est une enfant et le conte, support assez populaire, permet d’en faire un spectacle tout public. » Bien qu’ils n’aient pas toujours des fins heureuses, celui-ci offre une conclusion miraculeuse à la jeune protagoniste. Dans cette optique, la scénographie mélange différentes influences évoquant, d’un côté, l’aspect médical, blanc et clinique, et de l’autre, le miracle, avec « de façon très lointaine, l’or des églises orthodoxes ». Parmi les cinq comédiens au plateau, deux violonistes, originaires de Roumanie, jouent en direct aux côtés de Chloé Catrin, actrice professionnelle et ancienne élève de l’École du TnS, Loredana lancu, née au sud de Bucarest, sa fille Angelina et Cara Parvu, qui se partagent le rôle de l’héroïne.
Liberté chérie
Autre proposition au programme : Marius (23/04-03/05, Espace Grüber – Hall), signé Joël Pommerat, à laquelle Caroline Guiela Nguyen a collaboré lors de sa création, derrière les murs d’une prison, en 2017. «Cette pièce a été pensée avec des comédiens qui, à l’époque, n’en étaient pas », confirme-t-elle. Réalisée en partie avec des détenus de la Maison Centrale d’Arles – désormais libres, ils participent, pour la plupart, aux représentations et ont intégré la compagnie Louis Brouillard –, c’est aussi la première fois qu’elle sera accueillie au TnS. Après avoir réécrit les contes de Pinocchio (2008) et Cendrillon (2011), le metteur en scène s’attaque à l’œuvre de Pagnol et au premier acte de sa Trilogie marseillaise. Marius (1929) suit le quotidien du personnage éponyme, jeune homme attiré par les voyages et l’aventure mais coincé dans la cité phocéenne, donnant un coup de main à son paternel pour faire tourner sa boulangerie et stagnant dans sa relation amoureuse avec la belle Fanny. Si, initialement, le groupe de prisonniers n’était pas enchanté à l’idée d’adapter ce texte, « trop vieillot », un travail d’improvisation a permis de le remettre au goût du jour, l’extirpant de son contexte historique – l’entre-deux-guerres – pour le propulser à notre époque multimédia, insistant sur la filiation du père et dressant, surtout, un nouveau rapport entre le besoin de liberté du héros et celui des détenus. Dans un décor de salon de thé plus vrai que nature – présentoirs avec viennoiseries, sandwiches et baguettes, machine à café, cannettes de soda, tables et chaises en formica –, huit comédiens se relaient et déplorent la concurrence des marques de restauration rapide, McDonald’s en tête.
Ange, es-tu là ?
Pour sa part, Claire Lasne Darcueil monte Je suis venu te chercher (24-30/04, Salle Bernard-Marie Koltès), fusionnant les témoignages de Strasbourgeois de tous âges pour imaginer le récit d’Amir, à la recherche de son père. Après plus de cinquante entretiens, elle repère les histoires de cinq personnes, son « noyau dur », sourit-elle. Accompagnés par les acteurs Salif Cissé et Lisa Toromanian, anciens élèves de Claire Lasne Darcueil lorsqu’elle était directrice du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris (2013-2023), les cinq apprentis comédiens se mêlent à une cinquantaine de personnes, ouvrant la pièce sur la place de la Gare, où débarque le jeune Amir. « Il découvre qu’il a des origines strasbourgeoises », reprend la metteuse en scène. Guidé par le personnage incarné par Liliane Hamm, 93 ans, qui devient son ange gardien, Amir traverse la ville, parlant avec elle à travers des enregistrements retransmis sur les trois écrans accrochés sur scène. « Elle ne pouvait être présente physiquement, mais ils parlent ensemble quand il ne sait plus quoi faire. Elle lui conseille d’aller voir telle ou telle personne, elle cherche vraiment avec lui. Ces échanges sont relayés par la vidéo et le son : quelquefois, on l’entend, d’autres fois, on la voit… en tout cas, seuls Amir et le public la perçoivent. »
Sur un plateau uniquement recouvert de chaises et d’un tapis de danse noir – Claire a en effet fait appel à la chorégraphe et directrice du TJP Kaori Ito pour impulser des moments dansés et développer le vocabulaire artistique de son équipe –, elle fait également s’entrecroiser une dizaine de musiques intemporelles, allant de Comme un Lego de Bashung à la Symphonie pastorale de Beethoven, en passant par Boys don’t cry de The Cure et Moderne Love de David Bowie, repris par Zaho de Sagazan. Et de conclure qu’elle a adoré s’emparer de certaines contraintes imposées par les comédiens amateurs : « Une des femmes, dont j’avais sélectionné le récit, voulait bien jouer dans le spectacle, mais refusait de parler. On a donc décidé de la faire danser, et c’est Léa [personnage joué par Lisa Toromanian, NDLR] qui traduit ses mouvements en paroles. »
Au Théâtre national de Strasbourg du 23 avril au 3 mai
tns.fr
> Lucarne – Année #1 de Maxence Vandevelde est aussi au programme (23- 26/04, Espace Grüber – Studio Jean-Pierre Vincent)
> Ateliers de restitution théâtrale Debout pour les élèves de Rudloff ! (26 & 27/04, Salle Jelinek) et L’option des « Pontos » fait son show (02 & 03/05, Espace Grüber – Studio Jean-Pierre Vincent), mais aussi rencontres, bal (26 & 27/04)…